Notre époque est marquée autant par le retour des intégrismes, des nationalismes et des ethnismes que par une internationalisation et une mondialisation du quotidien. De manière paradoxale, la diversité culturelle est à la fois banalisée et dramatisée. Dans les deux cas, c'est essentiellement la culture de l'Autre qui fait l'objet, soit d'un rejet, soit d'une acceptation, au détriment d'une meilleure reconnaissance de l'Autre en tant qu'Autre, en tant que sujet singulier et universel. En effet, l'autrui culturel est très souvent, trop souvent appréhendé selon une approche différentialiste qui privilégie la culture en tant qu'entité homogène dans laquelle viennent s'inscrire les comportements. La plupart des travaux procèdent par éviction du principe d'altérité au profit d'études sur la culture qui conduisent à une connaissance par catégorisation, description et identification. Conscience d'autrui et connaissance d'autrui sont souvent confondues. Confusion dommageable sur les plans scientifique et éthique car ce type de connaissance n'épuise pas le sujet et n'atteint au contraire que des objets figés.
On assiste actuellement à une résurgence de la question sur le mode d'une crise sociale et culturelle. Il s'agit donc de comprendre pourquoi la composition plurielle de la société est aujourd'hui posée comme un problème. Il s'agit aussi de trouver les modes de traitement possibles au plan politique, social et éducatif. En réalité, la pluralité s'énonce dans des termes et dans un contexte totalement différent par rapport au passé. Les difficultés surgissent à partir du moment où l'on cherche à répondre au défi de la pluralité en utilisant des concepts et des analyses qui, si ils avaient une quelconque pertinence dans le passé, n'en ont plus aujourd'hui.
APPRENDRE A PENSER L'HETEROGENEITEL'hétérogénéité est devenue la norme, l'homogénéité est le produit, soit d'une action volontariste et autoritaire, soit d'un enfermement.
1° La diversité s'énonce au pluriel.Le développement des contacts mais aussi la prolifération des groupes d'appartenance, la pérennisation du fait migratoire ainsi que la mondialisation provoquent une recomposition en profondeur du tissu social à partir des principes d'hétérogénéité et de pluralité. Par ailleurs, toute identité (individuelle ou collective) est en fait plurielle. On ne reviendra pas sur les travaux de G. Devereux qui a démontré depuis longtemps que toute identité unidimensionnelle n'est pas loin d'être pathologique. La réalité sociale est, elle aussi, polychrome. Et, ce n'est pas parce que nous avons choisi de travailler sur la dimension anthropologique du problème qu'il faut en nier les autres aspects, notamment sociologique, politique, psychologique. Dans un cas comme dans l'autre, il convient de ne pas remplacer les déterminismes sociaux par des déterminismes culturels (culturalisme ou biologisation du culturel).
L'hétérogénéité actuelle qui s'accompagne d'une différenciation maximum générée par la multiplication des pôles d'identification et d'appartenance (européen, national, régional, religieux, professionnel, etc.), n'induit pas une négation des valeurs mais plutôt leur prolifération anarchique et donc un problème de cohérence lié aux dissonances entre les différents modèles culturels. Chaque individu participe à plusieurs univers sociaux et culturels qui sont parfois en contradiction sur le plan des normes. Cette co-existence, cette co-présence de systèmes différents repose donc la question des valeurs et de leur rôle dans la cohésion d'un groupe
2° La pluralité n'implique pas nécessairement le pluralisme ...
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Martine Abdallah-Pretceille